Bilan du L.I.R.L. (période 2003 - 2007)

réalisé dans le cadre du rapport quadriennal


Présentation générale

Le L.I.R.L., « Laboratoire Interdisciplinaire de Recherches Linguistiques », est un laboratoire ancien puisqu’il a été créé dans les années 1970 par le linguiste et épistémologue Jean Gagnepain.

Il fait partie de l’E.A. 2241 L.A.S. (« Laboratoire d’Anthropologie et de Sociologie ») depuis le dernier plan quadriennal. Auparavant, depuis 1996, il était une composante de l’U.P.R.E.S. « Anthropologie clinique. Psychopathologies et sciences du langage », équipe dont il a été, bien avant cet avant-dernier plan quadriennal, le promoteur. Les tensions au sein de la discipline psychologie (à laquelle se rattachaient les autres laboratoires de cette U.P.R.E.S. — s’inscrivant dans le champ de la psychopathologie et de la psychanalyse) et la redistribution géographique des E.A. (qui a obligé ces laboratoires à s’associer à l’Université de Poitiers), d’une part, les difficultés récentes, au niveau national, de la discipline Sciences du Langage (à laquelle se rattachent majoritairement les membres du L.I.R.L.), d’autre part, ont conduit le L.I.R.L. à rejoindre le L.A.S. Cette association n’est pas simplement conjoncturelle : elle traduit de solides liens, déjà anciens, entre le L.A.S. et le L.I.R.L., aussi bien dans le champ de la recherche que du point de vue de l’enseignement dans le 3ème cycle. En effet, un D.E.A. commun, avec l’intitulé « Sciences humaines », regroupait, depuis plusieurs années, les sciences du langage, la psychopathologie et la sociologie, et comportait dès lors trois options différentes. Sur le plan de la recherche, les liens entre le L.A.S. (et plus particulièrement le L.A.R.E.S. au sein du L.A.S.) étaient effectifs à travers la contribution de chercheurs du L.I.R.L. à plusieurs contrats de recherche, leur participation à des séminaires de recherche, et surtout la commune référence, pour l’essentiel des chercheurs des deux équipes, à un modèle théorique commun.

Le L.I.R.L. a, depuis son origine, privilégié dans la recherche la méthode clinique, sans pour autant que tous les travaux menés en son sein se réclament directement de cette méthode. Jean Gagnepain, fondateur du laboratoire, s’est en effet d’emblée associé à un neurologue, Olivier Sabouraud, pour mettre à l’épreuve de la clinique les dissociations qu’il pensait pouvoir établir en théorie. La méthode clinique fonde en fait une approche expérimentale du comportement langagier envisagé dans toutes ses dimensions : elle a trouvé historiquement son premier point d’appui dans l’étude des pathologies neurologiques (d’abord de l’aphasie, puis d’autres domaines), mais elle s’est ensuite fondée également sur les pathologies d’origine psychiatrique, lesquelles mettent en évidence, à travers des troubles distincts, des processus encore différents, en oeuvre dans le langage. Toutefois, ces travaux, se fondant sur l’expérience clinique, ont toujours été confrontés, au sein du laboratoire, aux approches non cliniques des phénomènes langagiers, approches par ailleurs dominantes en sciences du langage. La clinique, aussi bien donc neurologique que psychiatrique, a, quant à elle, l’intérêt, non seulement de dissocier les processus, mais d’obliger à comprendre que des troubles qui s’observent DANS le langage ne sont pas toujours des troubles DU langage — au sens où ils trouveraient dans le langage lui-même leur explication. Ainsi, certains patients relevant du champ de la psychiatrie présentent des troubles de la communication qui, s’ils s’observent dans le langage, ne s’y fondent pas et retentissent en même temps sur d’autres registres du comportement qui n’ont rien de langagiers : pour rendre compte de leurs troubles, il faut dès lors faire appel à une causalité d’un autre ordre qui fait intervenir la problématique de l’altérité, ou, plus largement, du social.

Ce sont ces travaux, relevant en fin de compte d’une « anthropologie clinique », qui ont conduit Jean Gagnepain à élaborer un modèle théorique original qu’il a appelé « théorie de la médiation ». Ce modèle propose, à travers un cadre cohérent et fortement structuré, une « déconstruction » de la raison humaine qu’il n’est précisément plus possible de réduire au langage, ainsi que la pathologie nous oblige à le saisir. Aussi, si les travaux du L.I.R.L. partent toujours — ou sont toujours partis — des manifestations langagières, ils ne s’y arrêtent pas nécessairement, puisque les lois auxquelles celles-ci renvoient relèvent bien souvent d’une raison qui ne se fonde pas sur l’organisation grammaticale, ou sur la cognition au sens strict du terme (entendue alors comme processus logique de connaissance du monde). Cette « déconstruction » de la rationalité, forme particulière de dissociation de processus qui participent de déterminismes distincts, s’opère sur quatre « plans » d’analyse que les recherches investissent différemment. Le L.I.R.L. a en tout cas ceci de particulier que, par-delà la diversité des thèmes et des champs de recherche de ses membres, ceux-ci se réclament tous du modèle de la médiation. La forte cohérence interne que celui-ci présente permet à ces divers membres de constamment dialoguer entre eux par-delà les différences d’objets d’étude et d’enrichir mutuellement leurs travaux. En même temps, le dépassement des cloisonnements disciplinaires que le modèle autorise permet aux chercheurs du L.I.R.L., non seulement de dialoguer avec des collègues de disciplines différentes, sociologues, mais également psychologues (pour ne parler que de ces deux disciplines fondamentales à l’intérieur des sciences humaines), mais encore de s’associer véritablement à leurs travaux. De telle sorte que le L.I.R.L. a, sans difficulté aucune, trouvé sa place au sein du L.A.S.


Composition du L.I.R.L.

Le L.I.R.L. se compose de 11 membres permanents, dont la formation initiale est très diverse, de même que les champs d’intérêt scientifique, mais qui sont fédérés autour d’un même modèle d’analyse, comme nous l’avons déjà dit dans la présentation. Ils relèvent à une exception près de la même section C.N.U. (7ème section : sciences du langage – l’autre section concernée est la 9ème). 8 d’entre eux s’insèrent dans le département « Sociologie, Langage et Communication » auquel participent également les autres membres du L.A.S. ; ils y constituent la filière « langage ». Deux autres collègues travaillent dans le département de lettres : très prises par l’enseignement aux concours, notamment d’agrégation, elles ne peuvent malheureusement pas consacrer grand temps à la recherche, l’une d’elles ayant de surcroît des responsabilités administratives importantes dans l’université (elle est chargée de mission à la formation). Un collègue, enfin, exerce à l’Université d’Angers, mais il a été formé par Jean Gagnepain et vient régulièrement à Rennes. Il a intégré le L.I.R.L. en 2005.

Le L.I.R.L. entretient des rapports importants avec nombre d’universités françaises et même européennes (notamment belges – avec Louvain-la-Neuve et Namur). Il a tissé un réseau de relations avec nombre de chercheurs se réclamant du même modèle théorique que lui. Les chercheurs associés mentionnés
sont ceux avec lesquels les chercheurs du L.I.R.L. entretiennent les relations les plus suivies..


Bilan du L.I.R.L.

À l’intérieur du L.A.S., les programmes de recherches pour le dernier plan quadriennal du L.I.R.L. portaient sur 5 domaines :
- Apports de l’observation des dysfonctionnements culturels à partir du langage.
- Exploration du fonctionnement langagier.
- Interactions langagières et processus de traduction.
- Compétences langagières, statut de l’enfant et relations parents - enfants.
- Epistémologie.

1) Apports de l'observation des dysfonctionnements culturels à partir du langage

Cet axe constitue traditionnellement un des grands domaines de recherche de l’équipe du L.I.R.L.

La collaboration avec le service de neurologie du C.H.R.U. de Rennes, dirigé par le Pr Gilles Edan, successeur du Professeur Sabouraud, s’est poursuivie et renforcée. Elle a été officiellement ratifiée par la signature d’une convention de recherche entre l’Université de Rennes 2 (à travers le L.I.R.L.) et le C.H.R.U. de Rennes, la seule au demeurant entre les deux partenaires (le L.I.R.L. étant par conséquent le seul laboratoire de Rennes 2 à travailler avec le C.H.R.U. et à l’avoir acté dans une convention). Cette convention concerne non seulement le service de Neurologie, lieu traditionnel des recherches de l’équipe du L.I.R.L., mais également le service de Rééducation Fonctionnelle (dirigé par le Professeur Philippe Gallien) qui héberge le Centre de Référence pour les Troubles Sévères du Langage et des Apprentissages chez l’Enfant (Responsable : Dr C. Allaire), ainsi que tous les services de l’hôpital appelés à intervenir au niveau des patients concernés par les recherches.

Plus encore, le L.I.R.L. est devenu membre titulaire du pôle Neurosciences cliniques de Rennes, pôle regroupant de très nombreuses équipes rennaises du C.H.R.U. et extérieures au C.H.R.U. Ce pôle neurosciences (dont les coordonnateurs sont les professeurs G. Edan et G. Brassier) est porteur d’objectifs en termes de soins, de recherche et d’enseignement.

Parmi les travaux produits dans le cadre de ce premier axe de recherches, on mentionnera surtout la réalisation par Attie Duval, en collaboration avec des collègues belges de Louvain-la-Neuve et de Namur venus pour l’occasion travailler à Rennes, d’un ouvrage, assorti d’un DVD vidéo, paru en 2006 aux Presses Universitaires de Namur (Brackelaire et al.). Cet ensemble se propose à la fois comme un bilan scientifique de la recherche en aphasiologie et comme un document de formation pour les médecins et rééducateurs travaillant dans ce domaine. A. Duval, toujours, associée à C. Le Gac, a fait une intervention en 2003 aux « Entretiens d’orthophonie » (dans le cadre des « Entretiens de Bichat ») intitulée : « Les troubles du langage d'origine dégénérative : une clinique qui interroge ». Elle a montré que la clinique neurologique des troubles du langage joue un rôle particulièrement important dans la recherche de l'élaboration conceptuelle du fonctionnement cérébral et des fonctions cognitives. Pour cela, elle a présenté quelques éléments d'une étude différenciative des déficits langagiers de type aphasique et de type « démence sémantique », une telle étude posant en même temps la question de la définition même de la « sémantique » : l'aphasique de Wernicke sait ainsi toujours de quoi il parle, mais il ne peut plus catégoriser, alors que le dément sémantique catégorise toujours, mais dans un monde très privé.
Dans le même registre, à l’occasion du dernier colloque international d’Anthropologie Clinique qui s’est tenu sous la responsabilité du L.I.R.L., P. Gaborieau a proposé une réflexion sur la modélisation en clinique à partir d’un cas d’aphasie – atechnie. Enfin, un article synthétique, faisant le point sur l’ensemble de ces recherches et destiné à un large public cultivé, a été publié en mai 2006 dans la revue « Le Débat »(Hubert Guyard et Jean-Yves Urien).

Outre avec le C.H.R.U., le L.I.R.L. a continué de travailler avec le centre Guillaume Régnier (ex. C.H.S. de Rennes). Ce ne sont plus cette fois des troubles neurologiques qui sont pris en compte pour l’observation des dysfonctionnements culturels, mais dans des troubles de nature psychiatrique, ceci dans le même objectif d’une déconstruction clinique des comportements humains. Ces travaux ont donné lieu à publications dans des revues reconnues comme « L’information
psychiatrique » (Guyard et coll., 2004 et 2006). À partir d’un cas de schizophrénie, travaillé de manière approfondie, ont été mises en évidence, dans deux articles, les difficultés particulières qui se font jour dans cette pathologie dans le domaine de la distribution des compétences et dans la mesure de la responsabilité. Un doctorant a produit dans le même champ de recherches 3 articles (F. Despretz, 2003 et 2005).

Le L.I.R.L. a par ailleurs ouvert, en la personne d’Hubert Guyard, un champ de recherches original autour de la douleur — la douleur migraineuse, mais aussi les douleurs entraînées par une sclérose en plaques, ou par un accident vasculaire cérébral — à travers la collaboration avec un neurologue en charge de la consultation hospitalière spécialisée sur la question (C.H.R.U.). Ces travaux, qui dissocient dans l’expression de la douleur différents processus, ont donné lieu à des publications dans des revues spécialisées reconnues (2003, 2005, 2006). D’autres articles sont en attente de publication.

2) Interactions langagières et processus de traduction

Les modalités dialogiques des interactions verbales et non verbales dans des situations de non-réciprocité apparente, et plus particulièrement dans la relation avec des enfants autistes ont été travaillées de diverses manières. Laurence Beaud a continué à participer aux travaux du groupe de Recherches Sémiologie de l’Autisme (devenu Groupe de recherches sémiologiques — Centre hospitalier G. Régnier, Rennes). Elle est par ailleurs membre associé du Laboratoire d’Etudes sur l’Acquisition et la Pathologie du Langage chez l’Enfant (LEAPLE – UMR 8606 – Université René Descartes, Paris 5), en cours de fusion avec le laboratoire MOdèles, Dynamiques, COrpus (MODYCO – UMR 7114 – Paris 10), laboratoire dont fait partie le Groupe de Recherches Sémiologiques. Dans les Cahiers de ce laboratoire, elle a ainsi publié un article sur les échanges entre deux cliniciens et un enfant autiste (2003). Ces travaux sur les modalités d’échange ou de non-échange langagiers chez les enfants autistes ont débouché sur des réflexions de fond sur l’autisme et son fonctionnement, question très débattue aujourd’hui aussi bien scientifiquement que socialement dans les implications que cela suppose. Dans cette même revue de l’équipe du LEAPLE, Jean-Claude Quentel a fait le point sur l’autisme au regard des hypothèses et des résultats auxquels parvient la théorie de la médiation (2003). Laurence Beaud et Clément de Guibert ont approfondi ces recherches dans 3 articles parus en 2005, dont 1 dans l’importante revue « Psychiatrie de l’enfant ». Celui-ci traite plus précisément de la différence entre l’autisme de Kanner et la psychose infantile, à la lumière de la différence entre un déficit d’unité et un déficit d’identité de la situation. La rencontre de ces travaux avec ceux du Pr Michel Lemay, travaillant à l’hôpital Ste Justine à Montréal (et auteur d’un ouvrage sur « L’autisme aujourd’hui » paru en 2004 chez O. Jacob) a donné lieu à des échanges et à un séminaire de réflexion, à Rennes, entre les membres du L.I.R.L. et le Pr Lemay.

Les travaux sur la traduction n’ont en revanche pas été poursuivis du fait du départ de l’équipe de Jean Peeters, animateur de ces recherches dans le cadre du L.I.R.L. (il a fondé une jeune équipe d’accueil à l’Université de Bretagne-sud). Jean-Paul Hugot a, en revanche, travaillé dans un article paru dans un ouvrage collectif les formes de l’événement et du récit, en mettant en lien les secondes avec les premières ou, plus exactement, en montrant qu’elles relèvent toutes deux d’un même déterminisme, celui-là même qui permet à l’homme de produire de l’histoire (2006).

Le caractère « dialectique » des interactions langagières a été étudié dans Jean-Yves Urien (2004) : « Les mots en DIA- ; la langue et la socialité » (diachronie, dialecte, dialogue), avec pour application la question de la transmission de la langue bretonne.


3) Compétences langagières, statut de l'enfant et relations parents-enfants

Les travaux dans ces domaines ont abouti à plusieurs publications. À partir de la dissociation entre l’accès à la grammaticalité (ou capacité de langage) et l’apprentissage de la langue (dans une interaction), il a été possible de tirer des conclusions plus approfondies sur le rapport de l’enfant à la Raison. Le modèle théorique qu’utilisent les chercheurs du L.I.R.L. permet ainsi de rendre compte à la fois des compétences de l’enfant, identiques en leur principe à celles de l’adulte, et de sa spécificité au regard de ce dernier. Un article paru dans la revue « Le débat » (dans un numéro consacré à « L’enfant-problème»), intitulé « Penser la différence de l’enfant » a fait le point sur cette question (Quentel J.-C., 2004b). Ces recherches font toujours l’objet d’échanges féconds avec le philosophe Marcel Gauchet et l’équipe qu’il a réunie autour de lui dans le cadre de l’E.H.E.S.S. Elles ont notamment donné lieu à des communications dans le cadre d’un master de recherche en Sciences de l’éducation à Paris-St Denis et au Collège de Philosophie de la Sorbonne. Un article du « Dictionnaire critique des Sciences Humaines », paru aux P.U.F., (Quentel, 2006c) synthétise le problème, ainsi qu’un court travail paru dans « Les nouvelles d’Archimède », revue de l’Université de Lille (Quentel, 2006a).

Les implications de telles recherches sont multiples, dans le champ de l’éducation en général (cf. Quentel, 2005), ou dans des domaines plus particuliers comme celui de la justice où se pose avec acuité la question du « discernement » de l’enfant et de la valeur de sa parole. Un important colloque sur la garde alternée a été ainsi l’occasion de faire le point sur ces notions (Quentel, 2006). Parallèlement se pose la question de l’adolescence : un article paru dans la revue « Comprendre » (PUF), dans un numéro consacré à la jeunesse et coordonné par le sociologue F. Dubet, fait le point sur les fondements anthropologiques d’une telle notion au regard de l’enfance, dont précisément elle se distingue (2004a).

Ces considérations sur le statut de l’enfant ont amené une poursuite de la réflexion sur ce qu’on nomme aujourd’hui la « parentalité ». 2 articles parus dans des ouvrages collectifs (chez Érès), à partir de communications à des congrès nationaux sur la parentalité, précisent ce qu’il en est de la question du père (Quentel, 2003), ainsi que des principes anthropologiques qui fondent la famille, principes auxquels il faut se rapporter si l’on veut tenter de comprendre ce qu’il en est des transformations qu’elle connaît depuis un peu plus de trois décennies (Quentel, 2006b). Un colloque sur la question de la parentalité lorsque les parents sont en prison a été l’occasion d’une réflexion sur le statut de l’enfant et la responsabilité du parent (Quentel, 2003). Ce thème de la parentalité, particulièrement d’actualité, a donné lieu à de nombreuses communications dans des cadres divers, tels les REAPP, réseaux d’écoute, d’appui et d’accompagnement des parents (Mâcon, Nevers, etc.).

Pour en revenir plus particulièrement aux compétences langagières de l’enfant, Laurence Beaud, Clément de Guibert, Hubert Guyard et Jean-Claude Quentel participent activement aux recherches liées à la création dans le cadre du C.H.R.U. de Rennes d’un centre de Référence sur le Langage qui reçoit une population d’enfants présentant des troubles du langage oral et du langage écrit. Cette consultation est l’occasion de faire valoir la « déconstruction » du langage que le modèle de la médiation a depuis longtemps éprouvée au niveau des pathologies de l’adulte. Elle est aussi un lieu privilégié pour travailler la fameuse question, très actuelle, de la « dysphasie ». Des articles ont déjà été réalisés et soumis à des revues. J.-C. Quentel a vu dans ces troubles de quoi faire réfléchir le psychologue en milieu scolaire sur la différence entre la demande sociale et la réalité clinique, lors d’une communication aux Journées annuelles des psychologues en milieu scolaire d’Ile de France et à travers un travail qui paraîtra dans un ouvrage collectif (mars 2007).


4) Exploration du fonctionnement langagier

Les recherches menées dans le cadre du L.I.R.L. sur le fonctionnement langagier sans référence directe à la clinique se sont dirigées vers deux domaines. En grammaire, a été proposée une alternative au postulat d’endocentricité des structures en explicitant les restrictions réciproques qui créent une interdépendance entre les constituants (Urien, 2003 et 2005). En sémantique, a été effectué un travail de synthèse sur la notion de « prédication » (Urien 2004b), et une étude sur le statut linguistique de l’opposition « explication – description » (Urien, 2006).

Sous une autre forme, Jacques Laisis a questionné la grammaticalité sousjacente à tout acte de langage en montrant qu’on retrouvait les propriétés du langage dans les objets dont parlent les scientifiques, quels que soient ces objets (2003). Parler, c’est « causer » le monde, soutenait J. Gagnepain, rappelant ainsi que c’est le locuteur qui introduit le principe de causalité dans le monde. Aussi bien, J. Laisis vient montrer que l’on retrouve les propriétés du concept dans l’objet « langue » dont parle Ferdinand de Saussure, dans l’objet « société » dont parle M. Mauss, aussi bien que dans l’objet « inconscient » dont parle Freud. Il renoue à cet égard avec la démarche phénoménologique de Husserl cherchant à rendre compte de « l’objectité » de l’objet, ou encore de Heidegger visant à dégager la « choséité » de la chose.


5) Épistémologie

Jacques Laisis a creusé les conséquences de l’abandon de la dénomination disciplinaire de « linguistique » au profit de celle de « sciences du langage » et explicité les remaniements qu’une telle évolution suppose, le passage au pluriel du terme de « science » résumant à lui seul les difficultés épistémologiques rencontrées (2006). Il a d’abord cherché à élucider les raisons qui font que la langue se dérobe à la saisie des linguistes. Il a pour cela montré de quelle manière l’objet que la linguistique se donnait occultait des déterminismes qui relevaient d’autres disciplines (sociologie, mais aussi psychanalyse) et a précisément réinterprété les déterminations implicitement à l’oeuvre dans l’élaboration de ce qui s’est appelé « linguistique. L’évolution des sciences du langage n’est pas, montre-t-il, sans réinterroger les rapports que les sciences humaines entretiennent entre elles, à partir de la question du langage, réalité qui n’a rien d’homogène, mais également au-delà de cette seule question. La théorie de la médiation offre précisément un cadre cohérent d’analyse pour penser ces rapports et les faire fructifier.

Clément de Guibert a produit une réflexion sur la linguistique clinique, et notamment l’aphasie, comme lieu occasion de rencontre des apports de Saussure et de Freud. Ce travail est paru dans la revue « Marges linguistiques » diffusée sur internet et qui est parmi les plus lues actuellement par les chercheurs de sciences du langage. Associé à Gilles Clerval et à Hubert Guyard, il a également travaillé la question de la bi-axialité telle qu’elle se donne à voir dans des pathologies neurologiques dont on peut montrer de ce point de vue les analogies profondes (2003).

L’équipe du L.I.R.L. a par ailleurs été mobilisée par l’élaboration d’un gros dossier de plus de 80 pages paru dans la revue « Le Débat » de mai-septembre 2006. 5 de ses membres ont contribué à ce dossier qui présente le modèle de la médiation. Un premier article, déjà évoqué ci-dessus, synthétise, à partir d’exemples cliniques et la différence entre les troubles de nature aphasique et les troubles frontaux, la dissociation à opérer du point de vue du langage entre la formalisation grammaticale dont tout locuteur est capable (sauf pathologie, précisément) et la formalisation historique qui se traduit à travers l’élaboration d’un récit (Guyard, Urien). Un autre article travaille la question de l’autonomisation de la formalisation éthique, notamment par rapport à une approche sociologique sous laquelle on tend ordinairement à la résorber (Quentel, Duval). Un troisième article traite des fondements anthropologiques du lien social, tels que la théorie de la médiation permet de les appréhender à partir de la clinique et des dissociations qu’elle fonde (Quentel, Laisis).

Rappelons enfin que le L.I.R.L. a organisé deux colloques d’Anthropologie Clinique qui ont rassemblé des chercheurs français et étrangers sur les thèmes
suivants : « L’hypothèse de la bi-axialité » et « Description et explication dans les sciences humaines », colloques auxquels ont participé à chaque fois plusieurs chercheurs du » L.I.R.L. Les actes de ces colloques ont été rassemblés dans deux numéros de la revue « Tétralogiques » (n° 15, 2003, sous la responsabilité de J. Laisis et n° 17, 2006, sous la responsabilité d’A. Duval). « Tétralogiques » est la revue publiée par le L.I.R.L., à raison d’un exemplaire par an ; elle s’est dotée d’un comité scientifique comportant notamment 3 universitaires étrangers (belge, allemand et américain).


Projets du L.I.R.L. pour le prochain plan quadriennal (2008-2012)

Pour les quatre années à venir, le L.I.R.L. se donne des objectifs de recherche dans 5 grands domaines :

Étude des dysfonctionnements culturels adultes à partir du langage

Le L.I.R.L. reprend ce thème général de travail, qui constitue en quelque sorte l’armature de ses recherches depuis son origine, en s’appuyant sur les différents lieux cliniques qu’il a été possible à ses membres d’investir.
- Les recherches en service de neurologie seront poursuivies, aussi bien dans le domaine de l’aphasie que dans celui des syndromes frontaux. En particulier, il s’agira de réinterroger, à partir des manifestations diverses que présentent ces patients cérébrolésés, ce que l’on entend par troubles de « l’abstraction ». Mais les recherches s’intéresseront aussi aux troubles sémantiques (A. Duval, H. Guyard, C. de Guibert). Les troubles des fonctions supérieures dans la maladie de Parkinson feront par ailleurs l’objet de travaux particuliers (A. Duval).
- Les travaux concernant les personnes atteintes de troubles psychiatriques, menés pour l’essentiel à l’hôpital Henri Régnier, conduiront à approfondir la problématique de la « responsabilité » (et donc du rapport à autrui en tant qu’on s’oblige vis-à-vis de lui ou, à l’inverse, qu’il s’oblige vis-à-vis de nous) chez les patients schizophrènes, et celle de « l’identité » (et de l’abolition des frontières formelles qu’elle suppose) dans les cas de perversion (H. Guyard).
- Dans un autre registre, les recherches entreprises sur la douleur viseront à montrer comment le langage observé est plusieurs fois contraint, par un raisonnement différentiel, par la recherche empirique d’une efficacité des prescriptions, par le recours contractuel aux compétences et aux spécialisations médicales, et enfin par le souci thérapeutique d’un mieux être (H. Guyard).
- À partir de la clinique neurologique, à nouveau, les troubles de l’écriture constitueront un champ d’investigation particulier. Plus généralement, il s’agira d’étudier les interactions entre langage et processus techniques (A. Duval, P. Gaborieau).
- Un chercheur du L.I.R.L. (C . de Guibert) vient d’obtenir une délégation pour un an au moins (2006-2007) auprès de l’Unité 746 Visages, unité INSERM – CNRS–INRIA -Université Rennes I (responsable : Christian Barillot. Composante de l’UMR 6074 IRISA. Directeur : Claude Labit - http://www.irisa.fr/activites/equipes/visages). Le domaine de recherche de cette unité est la neuro-imagerie médicale (algorithmes de traitement des images médicales et aide à l’intervention guidée par ordinateur). La recherche est centrée sur les applications cliniques dans le domaine des pathologies neurologiques (étude, réalisation et validation clinique d’atlas cérébraux anatomiques et fonctionnels ; aide à l’intervention guidée par l’image ; morphométrie cérébrale). Le projet Visages s’organise en partenariat avec des professionnels du C.H.U. de Rennes et de l’Université Rennes I. L’étude faisant l’objet de la délégation s’inscrit dans le cadre général des neurosciences et de la neurolinguistique, de la recherche des relations entre anatomie et fonctions cérébrales (corrélation anatomofonctionnelle entre le système anatomique cérébral et les fonctions cérébrales). Le domaine concerné est la connaissance des aires corticales impliquées dans les processus langagiers (cartographie des aires langagières). Plus précisément, l’étude consiste, à l’aide d’une technique d’exploration de l’activité cérébrale (l’IRMf), à explorer les substrats anatomiques d’une pathologie développementale spécifique du langage chez l’enfant (la dysphasie) dont l’origine et les substrats anatomiques cérébraux sont largement méconnus. L’objectif à plus long terme est l’acquisition d’une compétence dans le domaine de l’Imagerie Fonctionnelle et la poursuite de recherches dans le domaine des corrélations anatomo-fonctionnelles du langage dans ses aspects spécifiques et non spécifiques (langue, écriture, expression…). L’étude se fera en étroite collaboration entre le L.I.R.L., le Centre de Référence Langage du CHU, l’équipe Visages de l’IRISA, des enseignants-chercheurs de Rennes I et l’équipe d’Imagerie cérébrale du CHU. Des contacts étroits seront donc maintenus avec l’ensemble de ces partenaires.


Étude des dysfonctionnements culturels chez l’enfant

Les travaux sur les pathologies chez l’enfant se continueront à différents niveaux.
- Ils concerneront les pathologies socio-linguistiques à travers le spectre de l’autisme et des troubles dits « envahissants » du développement. L’hypothèse d’une distribution des troubles autistiques et des troubles psychotiques selon des « axes » de l’identité (confusion / dispersion) et de l’unité (isolation / focalisation) sera approfondie. Des observations systématisées seront présentées pour affiner cette hypothèse déjà largement justifiée par rapport aux réalités cliniques. Dans ce même domaine, la spécificité du syndrome d’Asperger par rapport à l’autisme de Kanner fera l’objet d’un travail particulier (C. de Guibert, L. Beaud).
- Les travaux concerneront aussi les troubles spécifiques du langage chez l’enfant et particulièrement le champ de ce qu’on nomme les « dysphasies ». Un Groupe de Recherche Clinique sur l’enfant et le langage s’est constitué en 2005, réunissant des membres du L.I.R.L. et des professionnels du Centre de Référence Langage du C.H.U. de Rennes, avec pour objectif principal actuel la recherche et la publication sur les dysphasies. La première tâche à entreprendre est ici celle du repérage des troubles et de leurs « marqueurs spécifiques ». L’objectif est de parvenir à une approche différentielle et contrastive des troubles cernés dans leurs principes de fonctionnement, en développant les questions suivantes :
* quelles sont les limites externes de la dysphasie, notamment par rapport à ce qu’on appelle retard simple de langage et de parole, aux troubles gnosiques et praxiques développementaux (gnosie auditive, praxie articulatoire), aux « troubles envahissants du développement » (spectre autistique), aux difficultés de langage écrit (« dyslexie » et dyspraxie), ainsi que par rapport aux troubles de l’expression et du comportement (« trouble attentionnel avec/sans hyperactivité ») ?
* quelles sont les limites internes de la dysphasie, les spécificités des différents types de dysphasie (notamment les 3 dysphasies dites « phonologique », « phonologique-syntaxique » et « lexico-syntaxique »). Les aphasies adultes, grâce à l’expérience et aux travaux déjà publiés par le L.I.R.L. dans ce domaine (H. Guyard et A. Duval), représenteront une référence intéressante pour comprendre et formaliser les types de dysphasie (ainsi que leur corrélats cérébraux éventuels). Les publications présenteront l’analyse, de nature qualitative, de la combinaison des symptômes observés et des modes de réponses spécifiques des enfants. Une telle approche se révèle particulièrement utile dans la mesure où elle conduit à distinguer les formes de prises en charge.
Il s’agira également d’essayer de comprendre quelle est l’évolution de ces enfants, notamment de ceux, nombreux, dont les troubles paraissent s’amender avant
l’entrée dans l’adolescence. Quelles sont les séquelles exactes de ces troubles ?Quels enseignements peut-on en retirer ? (L. Beaud, C. de Guibert, H. Guyard, J.-C. Quentel).
- Au-delà des troubles du langage, les recherches sur l’enfant s’intéresseront non seulement à l’autisme et à la psychose infantile dont il a été question ci-dessus, mais également à des troubles dont les dysphasies et les difficultés de langage en général doivent être précisément distinguées, et qui se retrouvent fréquemment dans les populations d’enfants sur lesquelles les chercheurs du L.I.R.L. sont amenés à travailler dans le cadre de la convention avec le C.H.R.U. Ce sont par exemple tous les troubles dont la dénomination commence par « dys », mais également ce qu’on appelle aujourd’hui « l’hyperactivité ». Au demeurant, outre le C.H.R.U. et l’hôpital Henri Régnier (pour ce qui concerne les adultes), le L.I.R.L. a investi pour ses recherches d’autres lieux avec lesquels il a passé (ou est en train de passer) des conventions de recherche. Il s’agit de l’I.M.E./S.E.S.S.A.D. La Baratière à Vitré (35), établissement recevant des enfants et des adolescents dont les difficultés relèvent de registres explicatifs différents, ce qui permet de creuser la question des différentes capacités de l’enfant, mais également du Centre Paul Cézanne à Fougères (35), important établissement breton pour enfants et adolescents sourds, possédant par ailleurs des classes pour enfants dysphasiques.


Statut spécifique de l’enfant et caractéristiques de la relation parent - enfant

Les travaux entrepris au niveau des troubles du langage et des troubles en général chez l’enfant conduisent déjà à s’interroger sur le danger d’une approche en termes
de compétences précoces qui aboutirait à occulter la spécificité du statut de l’enfant.
- La question du statut spécifique de l’enfant sera encore développée dans ce nouveau plan quadriennal. C’est une question particulièrement cruciale du point de vue de ses incidences sociales, à travers les différentes formes de prise en charge dont l’enfant est aujourd’hui l’objet, à commencer par l’école. Il ne revient pas au même, en effet, du point de vue éducatif, de considérer celui qu’on appelle communément un enfant comme déjà un adulte, voire un citoyen à part entière, ou comme quelqu’un qui ne dispose pas encore des capacités qui permettent d’entrer dans des échanges réellement réciproques. L’hypothèse de travail, qui a déjà donné lieu à développement et a permis de produire des travaux publiés, est originale en ce sens qu’elle accorde à l’enfant l’usage de la raison, au même titre que l’adulte, dans 3 domaines, à savoir la logique, la technique et l’éthique, mais qu’elle met en avant sa particularité du point de vue de ce qui fonde son existence sociale (J.-C. Quentel).
Ces recherches seront également poursuivies dans le cadre des partenariats que le L.I.R.L. a mis en place, notamment avec l’équipe de Marcel Gauchet, à l’EHESS, et avec celle de la Sorbonne (Collège de Philosophie, dirigé par P.-H. Tavoillot).
- La question de la parentalité, qui constituera un autre domaine de recherches à approfondir, se trouve en fait liée à celle du statut de l’enfant. Il n’est en effet d’enfant que s’il y a du parent et inversement : ce qui pourrait passer pour un truisme ne l’est plus aujourd’hui. C’est la question du fondement anthropologique de la parentalité qui fait à cet égard l’objet des questionnements du L.I.R.L. Cette question est particulièrement débattue scientifiquement, mais elle fait en même temps l’objet, tout comme celle du statut de l’enfant, de débats politiques dont découlent des modes d’intervention sociale (J.-C. Quentel).
Le L.I.R.L. a été ainsi sollicité, parmi d’autres, par la D.I.F. (Délégation Interministérielle à la Famille) pour participer à une grande de recherche qui aboutira, avec l’aide de la DREES (Direction de la Recherche, des Études, de l’Évaluation et des Statistiques) à l’élaboration d’un document faisant le point sur les connaissances que les parents ont actuellement de leurs droits et de leurs devoirs.
Au niveau régional, le L.I.R.L. poursuivra le partenariat engagé de longue date avec l’association brestoise Parentel, dirigée par Daniel Coum, chercheur associé au laboratoire (et chargé de cours dans le master Méthodologie de l’Intervention Sanitaire et Sociale). Entre autres actions auxquelles le L.I.R.L. participe, on signalera la tenue d’un grand Congrès national sur la parentalité qui a lieu tous les deux ans, qui réunit à chaque fois plus de 400 personnes, et dont les actes constituent un ouvrage, publié chez Érès, pour chaque colloque.


Fonctionnement grammatical et sémantique


Le programme d’étude portera sur les contraintes anaphoriques au sein des Syntagmes Nominaux et leur articulation aux contraintes qui constituent les relations de subordination. (J.-Y. Urien). Les études observeront contrastivement le français et le breton littéraire. Constructions simples, articulant deux constituants nominaux de base : fr. « la villa au figuier » ; br. « ar ganerien o hitar = les chanteurs – leur guitare (= à la guitare) ». Constructions complexes articulant plus de deux constituants de base : br. « Un pré – riche – sa terre ».
Ce domaine, apparemment restreint, permet de poser une série de problèmes de portée générale. Le projet a en effet une portée dans trois domaines théoriques. D’une part, une meilleure compréhension des marqueurs syntaxiques, tant des contraintes anaphoriques (morphèmes « personnels » et déterminants) que de la « rection » (directe ou prépositionnelle). D’autre part, une meilleure compréhension de la forme grammaticale qui assure la distinction, considérée ici comme fondamentale, entre le fonctionnement « appellatif » (dire « ce que c’est ») et le fonctionnement « assertif » (prédicatif) (dire « que c’est / que ce n’est pas »).
Pour ce double propos, la mise en contraste du français et du breton, langues typologiquement distinctes sur ces points, est intéressante. D’une part, parce que les marqueurs de la relation anaphorique sont différents. Le breton procède par un accord explicite en personne, nombre et genre entre le constituant subordonnant et le préfixe déterminant (anaphorique) du constituant subordonné (br.) « le chanteur + sa guitare : les chanteurs + leurs guitares ». Alors que le français bloque la détermination sur le défini, interdisant le « personnel » (« le chanteur à la / *sa guitare »). L’enjeu théorique est ici une typologie des marqueurs syntaxiques, et une redéfinition (jamais terminée) du fondement formel de la syntaxe, sans lequel le raisonnement sémantique n’est pas possible. Par ailleurs le mode de subordination n’est pas non plus le même. Construction directe en breton ; indirecte en français (pseudo « préposition » contrainte), pour une relation syntaxique identique. Cette observation débouche sur une critique (relative) de la notion de « préposition », terme qui recouvre des réalités morphologiques et syntaxiques multiples et distinctes.
Enfin, et surtout, l’étude contrastive des solutions cognitives apportées par chacune de ces types de structures permet d’approfondir la compréhension que l’on a de la relation entre structure syntaxique (formelle) et structure sémantique (raisonnement conceptuel) dans la constitution double de l’appellation de la référence et de l’assertion sur la référence. En effet, la configuration abstraite étudiée s’observe dans deux contextes syntaxiques analogues, que les analystes séparent, pour des raisons qu’il conviendra d’expliciter et qui semble être une certaine confusion entre la notion de relation syntaxique et celle de prédication. Elle existe dans les structures épithétiques (qualifiantes) de type (br.) « Les talus – sur eux – des chênes » ; et dans les structures détachées correspondantes, dites « prédications secondes » ou « constructions absolues », de type. (br) « Le soldat, plein de sang son visage, + V ». Les implications sémantiques seront prises en compte, puisque l’objectif du locuteur est ou bien une spécification conceptuelle, ou bien un développement prédicatif. Le programme testera une explication unifiée de l’articulation de l’anaphore et de la subordination, sous ces deux aspects, déterminatif et prédicatif. (Les analyses sur le français, notamment Hanon 1989, ne traitent, semble-t-il, que des constructions absolues, prédicatives).
De manière plus générale, cette perspective cherche à mesurer l’importance de la dualité du fonctionnement langagier : nous soutenons qu’il est à la fois – mais distinctement – dénominatif, (taxinomique), et prédicatif, (autrement dit, assertif). Les modèles contemporains tendent au contraire à réduire le fonctionnement syntaxique à de la « prédication », par emprunt à la logique formelle des philosophes. Les contextes étudiés dans ce programme permettent de mesurer l’importance dans un message de la « non prédication », entendue comme « non assertion », représentée en particulier par l’épithèse, qui formalise des relations tant spécificatrices (ensemblistes) que mérologiques (partitives), et qui sont reconnues par tout locuteur comme distinctes d’une relation prédicative. On recherche donc une définition plus précise et plus explicite de la distinction fondamentale proposée entre « appellation » et « assertion », qui est par ailleurs décelée en clinique dans le contraste entre les deux aphasies. L’aphasie de Wernicke manifeste en effet une désintégration du contrôle grammatical de l’appellation, (qui oblige le malade à périphraser sans fin), tandis que l’aphasie de Broca manifeste une désintégration du contrôle grammatical de l’assertion, (qui oblige le malade à produire un énoncé prédicatif « binaire » et rend problématique toute « prédication seconde »). Étude du fonctionnement et étude (clinique) du dysfonctionnement sont ainsi confrontées l’une à l’autre dans cet axe de recherche.


Épistémologie des sciences humaines

L’approche particulière du L.I.R.L. dans ce domaine consiste en une réinterprétation de ce qu’on convient d’appeler « épistémologie » à la lumière du
modèle théorique de la médiation et des quatre dimensions qu’elle met en évidence dans tout fait humain. L’épistémologie dont il est question se trouve dès lors réduite aux déterminismes anthropologiques sous-jacents à toute activité scientifique. De telle sorte que le « scientifique », dans tout ce qu’une telle démarche suppose, devient de ce point de vue un fait anthropologique banal. Il s’agira d’examiner plus encore les conclusions auxquelles une telle démarche conduit (J. Laisis).
Une autre piste de recherche, parallèle à la précédente, consistera à mettre en question ce qu’on pourrait appeler la « mystique » de la méthode dans le scientisme contemporain. Le dernier colloque d’Anthropologie Clinique organisé par le L.I.R.L. questionnait le fait même de décrire et d’expliquer dans le cadre des sciences humaines (pour faire, au demeurant, valoir que rien ne les distingue, à cet égard, du point de vue des processus en oeuvre, des sciences dites de la matière) ; il est possible, de la même manière, d’interroger la méthode en oeuvre dans les sciences humaines, sachant que la question est aujourd’hui l’objet de vifs débats,
plus ou moins accentués selon les disciplines (J. Laisis).
La théorie de la médiation conduit à réinterroger les fondements des sciences humaines, non pas pour en faire l’histoire, mais pour mieux prendre la mesure des
enjeux qu’elles soulèvent aujourd’hui, en ce début de XXIème siècle, alors qu’elles traversent une phase difficile. Une recherche déjà commencée tentera de faire le point sur cette question et de proposer un cadre de réflexion heuristique (J.-C. Quentel).
Enfin, avec les orthophonistes de la F.O.F. (Fédération des Orthophonistes de France), le L.I.R.L a déjà commencé, au niveau régional et national, une réflexion qu'on peut qualifier d'épistémologique, sous forme de formations (en 2003 et en 2005) et d'interventions à des colloques, sur le métier de l'orthophoniste, à travers la fonction du bilan en orthophonie et en neuropsychologie (A. Duval-Gombert et C. Le Gac). En septembre 2006, se tiendront à Paris les Journées d'études des orthophonistes de France (sur le thème : « Chiffrer et déchiffrer : enjeu du bilan ») où interviendront A. Duval et C. Le Gac. L’ensemble de ces travaux, qui
concernent la place et la fonction des bilans orthophoniques ou neuropsychologiques, tourne autour de la question de la scientificité de l'observation clinique dans le domaine de l'orthophonie et de la neuropsychologie.



Publications


Ouvrage collectif :
- Brackelaire J.-L., Duval A., Giot J., Le Gac C., Meurant L. (2006), Les mots se regardent. Initiation à un questionnement clinique sur le langage en sciences de
l’homme, « Transhumances VI », Presses Universitaires de Namur.

Articles parus dans des revues à comité de lecture :
- Beaud L. (2003), Pragmatique des échanges questions/réponses entre deux cliniciens et un enfant autiste, CALAP n°23, Sémiologie des expressions autistiques, p. 143-159.
- Beaud L., De Guibert C. (2005), « La pathologie comme seule "exception qui confirme la règle" ? Exemple de l’autisme », Faits de langue n°25, L’exception entre les théories linguistiques et l’expérience, pp. 93-96.
- De Guibert C., Clerval G., Guyard H. (2003), « Biaxialité saussurienne et biaxialité gestaltique : arguments cliniques », L’hypothèse de la biaxialité, Tétralogiques, 15, p. 225-252, Presses Universitaires de Rennes.
- De Guibert C. (2004), « Saussure, Freud, l’aphasie : d’un point de rencontre à la linguistique clinique », Marges linguistiques, 7, p. 110-124 (http://margeslinguistiques.com).
- De Guibert C., Beaud L. (2005), « Différence entre autisme de Kanner et "psychose infantile" : déficits d’unité vs d’identité de la situation ? », Psychiatrie de l’enfant, XLVIII, 2, p. 391-423.
- De Guibert C. (2006), « À propos de la langue et de l’altérité : une observation clinique de trouble de la mémoire sémantique », Langage et inconscient, 2, p. 78-100.
- Duval A. (2006), « Si je puis dire », Tétralogiques 17, p. 9-13.
- Gaborieau P. (2006), « Savoir et modélisation en clinique. À propos d'un cas d'aphasie-atechnie », Tétralogiques, 17, p. 137-148.
- Cahagne V., Guyard H. (2003)., « Douleur et médiations culturelles », Revue de l’algologie, Vol II, 4, p. 139-141.
- Guyard H., Le Borgne R., Morin M., Marseault F. (2004), « Schizophrénie et distribution des compétences. À propos de l’histoire clinique d’un patient », L’information psychiatrique ; 80, 5, p. 371-8.
- Cahagne V., Guyard H. (2005), « Hétérogénéité de la douleur migraineuse », Douleurs, 6, 2, p. 82-91.
- Guyard H., Urien J.-Y. (2006), « Des troubles du langage à la pluralité des raisons », Le Débat, n°140, Mai-septembre, p. 86-105.
- Laisis J. (2003), « Entre autres choses. Petits fragments d’épistémologie », Tétralogiques 15, p. 51-75, PUR.
- Laisis J. (2006),« De Pierre Perret à Jean Yanne », Tétralogiques 17, p. 51-75, PUR.
- Quentel J.-C. (2003), « L’autisme au regard de la théorie de la médiation », Cahiers d’Acquisition et de Pathologie du Langage, 23, p. 65-83.
- Quentel J.-C. (2004a), « L’adolescence et ses fondements anthropologiques », Comprendre, 5, « Les jeunes », p. 25 - 41, PUF.
- Quentel J.-C. (2004b), « Penser la différence de l’enfant, » Le Débat, n° 132, nov.-déc., p. 5-26.
- Quentel J.-C (2005), « Un enfant s’éduque-t-il ? », Cosmopolitiques, « Trop d’école ! », 10, p. 121-131, Ed. Apogée.
- Quentel J.-C. (2006a), « L’enfant et la Raison », Les nouvelles d’Archimède, n° 41, janv.-mars, p. 4 - 6, Université de Lille.
- Quentel J.-C., Duval A. (2006), « L’autonomisation de l’éthique », Le Débat, mai-septembre, N° 140, p. 106-125.
- Quentel J.-C., Laisis J. (2006), « Le lien social et ses fondements », Le Débat, mai-septembre, N° 140, p. 126-138.
- Urien Jean-Yves (2003) : « Syntaxe. La hiérarchie en question », Tétralogiques n°15, L’hypothèse de la bi-axialité, p. 11-32, PUR.
- Urien Jean-Yves (2004) : « La prédication. Mise en perspective glossologique », Tétralogiques n°16, Neurone et psychè, p. 85-109, PUR.
- Urien Jean-Yves (2006) : « Expliquer et décrire. Statut sémantique et application au raisonnement sociologique », Tétralogiques n°17, Expliquer et décrire en Sciences Humaines, p. 35-63. PUR.

Articles dans ouvrages collectifs :
- Hugot J.-P. (2006), « Forme de l’événement, formes du récit », in F. Daviet-Taylor (dir.), L’événement, formes et figures, Presses de l’Université d’Angers, p.
65 – 82.
- Quentel J.-C. (2003), « Le père en questions », in ss. la dir. de D. Coum, Qu’est-ce qu’un père ?, Actes du 4e Congrès sur la Parentalité, Ramonville St Agne, Érès, p. 103-130.
- Quentel J.-C. (2006b), « Transformations familiales et principes anthropologiques », in ss. la dir. de D. Coum, La famille change-t-elle ?, Actes du 5e Congrès sur la Parentalité, Ramonville St Agne, Erès, p. 65-88.
- Quentel J.-C. (2006c), « Enfant (statut de l’) », Dictionnaire critique des sciences humaines, Paris, PUF. (à paraître en octobre 2006).
- Quentel J.-C. (2006d), « Médiation (Théorie de la) », Dictionnaire critique des sciences humaines, Paris, PUF. (à paraître en octobre).
- Urien Jean-Yves (2004a) : « Les mots en « dia -», la langue et la socialité », La Bretagne linguistique, vol. 13, Dialectologie et Géopolitique. (eds. Jean Le Dû & Nelly Blanchard), p. 253-279. Brest, UMR 6038 du CNRS.
- Urien Jean-Yves (2005) : « Cohabitation et conflit syntaxique autour du verbe « être » en breton ». La syntaxe au coeur de la grammaire, (eds. Frédéric Lambert & Henning Nølke), p. 323-330, PUR.

Articles publiés dans des actes de colloque :
- Duval-Gombert A., Le Gac C. (2003), « Les troubles du langage d'origine dégénérative : une clinique qui interroge », Entretiens d'Orthophonie 2003, Entretiens de Bichat, p. 61- 73, Expansion Scientifique Française, Paris.
- Quentel J.-C. (2003), « Le statut de l’enfant et la responsabilité du parent », Actes du Colloque organisé par Le Relais Enfants-Parents Grand Ouest, « Parents en prison, parents quand même », p. 175-181.
- Quentel J.-C. (2006), « La parole de l’enfant. Le statut de l’enfant au regard d’une approche anthropologique », Actes du Colloque « Résidence alternée. Quels constats ? Quels enjeux ? », organisé à Rennes, le 18 novembre 2005 par la CAF d’Ille-et-Vilaine.


Articles acceptés ou soumis à publication dans des revues à comité de lecture
- De Guibert C. (2006, à paraître), « Du discours au syndrome maniaco-dépressif : un trouble de la pulsion ? (Présentation de deux observations cliniques) », Langage et inconscient, 3.
- Guyard H., Cahagne V. (2006, à paraître), « Des descriptions de la douleur quatre fois contraintes » (accepté par la revue « Douleur et analgésie »)·
- Guyard H., Le Borgne R., Morin M., Marseault F. (2006, à paraître), « Mesure et démesure de la responsabilité. À propos d’un cas clinique de schizophrénie» (accepté par la revue L’information psychiatrique).
- Beaud L., Cahagne V., Guyard H., (2006), « Alors, comment allez-vous ? Entrée en matière dans une consultation médicale », soumis pour publication à la revue Langage et Société.
- Beaud L. De Guibert C., Deneuville A. (2006), « Linguistique et cliniques des troubles du langage chez l’enfant », soumis pour publication à la revue Glossa.
- Guyard H., Cahagne V., Le Page E., Edan G. (2006, à paraître), « Douleurs et sclérose en plaques : les patients comme partenaires obligés », soumis à la Revue neurologique.
- Cahagne V., H. Guyard, Khenioui H., Gallien P., Edan G. (2006, à paraître), « Douleurs induites par les soins », soumis à la Revue de médecine physique et de
réadaptation
.

À paraître dans ouvrage collectif
- Quentel J.-C. (2007), « Le psychologue en milieu scolaire entre demande sociale et réalité clinique », in Ceux pour qui l’école ne va pas de soi,
Paris, Masson (à paraître en mars 2007).

Publications de Doctorants
- Despretz F. (2003), « Adolescence : émergence à la citoyenneté », Santé Mentale, 81, octobre, p. 18–21, éd. Acte Presse.
- Despretz F. (2003), « Inquiétante névrose », Vie sociale et Traitement (VST), 79, 3ème trimestre 2003, p. 12–18 , CEMEA publications.
- Despretz F. (2005), « Au-delà du délire », Santé Mentale, 103, décembre, p. 12–16, éd. Acte Presse.


 

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